Mon investissement à la hauteur de ma quête…

Mon investissement à la hauteur de ma quête…

13 Mars 2018

Notre métier est d’aider et accompagner nos clients à réussir : des entreprises, des équipes mais aussi des individus dans une démarche individualisée. Il est toujours étonnant, dans ce dernier cas, de constater à quel point il nous est difficile de définir ce que l’on veut réussir dans notre vie et le prix que nous sommes prêts à y mettre. Deux constats s’imposent : nous manquons cruellement d’imagination face à la question de ce que l’on veut faire de sa vie et bien peu de ceux, porteurs d’une forte ambition, imaginent l’investissement qu’elle va leur demander.

Il est vrai que la question nous confronte à notre liberté et à notre responsabilité individuelles. La conscience qu’une grande partie de notre futur nous appartient est angoissante.

Mais plus étrange encore, nos réponses sont très stéréotypées, avec une vision de la réussite ressemblant au pays des merveilles. Nous nous voyons, certains comblés en amour, d’autres riches et célèbres ou artistes virtuoses ou avec une santé de fer et, pourquoi pas, un corps de jeune homme à 70 ans.

Sauf que bien peu d’entre nous n’a intégré le prix, l’investissement, parfois la douleur que cela signifie d’aller au bout de son rêve. Je me souviens d’une question que posait souvent F. Pellerin, l’ex-entraîneur de l’Olympique Natation de Nice à ses nageurs en quête de titres (Lagnel, Muffa…) : « es-tu prêt à mettre ton investissement à la hauteur de ta quête ? »

Il n’y a nulle apologie de la douleur mais la confrontation au réel : le chemin de la réussite, quelle qu’elle soit, ne sera pas parsemé que de roses et de douceurs. Il nécessitera des choix, des renoncements, des épreuves et souvent de douloureux efforts. Je n’oppose nullement ici l’effort et le sentiment de plaisir, vouloir réussir un rêve ou une grande ambition va me confronter, simultanément, à ces deux chemins.

Nombreux sont les sportifs de haut niveau, en fin de carrière, évoquant les sacrifices, parfois leur dégoût de ces milliers d’heures d’entraînement, chaque jour de la semaine, des années durant, afin d’espérer côtoyer le graal de la médaille.

Le sport de haut niveau revient à sacrifier une partie de sa vie personnelle, se priver de tant de plaisirs de la table, de tant de bons verres de vin, peut être même, en partie, se désocialiser, le tout pour vivre sous le seuil de pauvreté. (50% des 7000 sportifs de haut niveau recensés en France gagnent moins de 1000 € / mois, une grande partie vit sous le seuil de pauvreté - étude du Secrétariat aux sports, février 2016)

Nombreux d’entre nous sont ceux qui rêvent de jouer d’un instrument, d’avoir une très bonne condition physique ou d’occuper un poste de dirigeant, de manager, ou d’avoir une vie d’entrepreneur libre de son agenda et de ses décisions. Mais ils n’y arrivent pas et abandonnent en chemin, car ce qu’ils aiment dans leur rêve est le résultat, le bouquet final, l’image d’Epinal et publicitaire de la réussite.

Etre reconnu comme musicien va demander des choix de vie, des répétitions à n’en plus finir, de s’user les mains à casser des cordes, de jouer devant des salles vides, désespéré.

Créer son entreprise et jouir d’un haut sentiment de liberté engagera sur les chemins journaliers de l’incertitude, du stress, de la recherche incessante d’offres nouvelles, de clients nouveaux, de la réinvention constante d’un modèle assailli par des hordes de barbares, ces jeunes concurrents… loin, souvent très loin de sa famille, et le tout pour gagner moins de 55 000 € par an (rémunération moyenne des dirigeants de PME en France, 2015).

Nous avons tous envie de réussir une vie de couple harmonieuse, nourrie d’amour, de disponibilité, de vérité et d’intimité. Nous voulons l’amour avec un grand A, le résultat de l’amour. Imaginons-nous et sommes-nous prêts aux efforts de l’amour durable et profond, construction au long, au très long cours ? Apprendre à se parler, apprendre à vivre face à l’autre sa vulnérabilité, s’abandonner et abandonner son égo, accepter les crises, les colères, les déceptions, les trahisons parfois, sans perdre espoir et sans abandonner l’édifice en chemin.

Ce qui va finalement déterminer notre futur seront moins nos rêves que ce pourquoi nous sommes prêts à lutter : les efforts et les épreuves du chemin, acceptés et choisis qui deviendront alors d’intenses sources de plaisir ouvrant à la joie de la réussite.

Les rêves, les choix cohérents qu’ils impliquent, la discipline de mise en œuvre et des relations nourrissantes nous permettront, peut-être, d’avoir la vie désirée dans le dépassement de nos déterminismes.

 

Serge Griffon,

 

Neom : l’infini des possibles